Momo au Manx GP 2014

Momo au Manx GP 2014... Intro

Un dimanche comme les autres, chez mes parents. J'ai dix ou douze ans, et je dors à poings fermés dans mon lit quand un hurlement déchire le silence de la maison. Un cri strident, suraigu, fait vibrer les fenêtres, déguerpir le chat et gueuler ma mère. Mon père a branché la stéréo dans le salon, à bloc, et a mis sa K7 audio préférée, celle dans la jaquette rouge et blanche : Tourist Trophy 1966.

Il est 9h, Mike Hailwood vient de traverser Bray Hill et mon salon à fond sur sa Honda 6, suivi de prêt par la MV d'Ago. C'était comme ça, les réveils, chez nous... alors comment vouliez vous que ça se passe autrement ?

On est environ toutes ces années plus tard, toutes ces années à regarder les autres, à apprendre la mécanique, à faire ses premiers tours de deux roues... La première mob, la première 125, le premier 4 temps, la première bielle, la première sportive, le premier genoux par terre, la première pelle, le premier cadre... Mais toujours ce même rêve : Rouler un jour sur l'ile de Man, dans les traces d'Hailwood, Mc Guiness, et Dunlop.

Dans quelques jours, je prendrais le bateau en direction de Douglas, pour la première fois en tant que participant. Le Manx Grand Prix et le Mountain Circuit m'attendent, et je souhaite, par quelques compte-rendus irréguliers sur cette même page au gré des humeurs et des connexions internet, vous raconter l'histoire du p'tit con qui voulait faire une grosse course. Pas par prétention, mais pour partager mes impressions sur cette ile qui représente beaucoup à mes yeux, et aussi parce que j'aimerais qu'il y ait un môme qui tombe dessus et qui se dise que même en partant de pas grand chose, il y a toujours un espoir et un chemin pour atteindre son rêve. Même s'il est complètement con.

Ce sera ni du Baudelaire, ni Fast and Furious. Ce sera l'histoire d'un gars comme y 'en a 3 ou 4 milliards, qui a un travail, une femme, des copains, mais qui avait dit à sa mère qu'il roulerait là-bas un jour, du haut de ses 11 ans et du pont du bateau qui repartait de Douglas. Un gars qui s'apprête à tenir parole aujourd'hui, même s'il a une putain de boule au ventre...

Bienvenue à bord, on décolle mercredi.

 

Momo

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Bungalow, IOM, 1997, devant le musée de Peter Murray... Mon frère Jessy, au guidon d'un side en bois, sera 17 ans après mécano au Manx. Bibi en singe, et déjà à bloc...

Terre en vue !

Après 1000km, deux bateaux, un petit problème de fuite sur les durites de turbo du camion (merci Yvon !), nous avons enfin posé le pied sur l’ile de Man. La boule au ventre qui me tenait depuis le départ s’est envolée en arrivant ici. A force de parler des virages, des murets, des villages, l’endroit est presque familier. J’ai l’impression d’être ici chez moi.

Première étape, s’installer dans le paddock, déjà plein comme un œuf. Dans le bas, un carré d’herbe a résisté aux envahisseurs venus de toute l’Europe, mais aussi de Nouvelle Zélande, d’Australie, et des Etas Unis. Un motorhome immense est en train de s’y installer, et sa plaque d’immatriculation parle pour lui : JM IOM TT. John Mac Guiness, LA légende vivante du Tourist Trophy, avec 21 victoires au compteur, habitera juste à coté de nous pour cette quinzaine du Manx GP. Ici, tout le monde se côtoie, petits et grands.

Vendredi matin, premier tour en moto, sur mon ZX6R juste équipé d’une plaque d’immatriculation et de mes feux avant de rallye. Derrière, mon frangin Jessy emmène Tibo sur le fidèle 500 CB. Premiers kilomètres, et premières hallucinations… Le tracé est vraiment un truc de cinglé. Dénivelés, courbes ultra rapides en aveugle, c’est déjà quelque chose en respectant les limitations de vitesses (ou presque). Un arrêt à Barregarow pour faire une bise à Glynne, chez qui nous avons logé lors de nos trois pèlerinages en tant que spectateur. Un bon moment d’amitié et quelques conseils plus tard, direction la montagne. Un vent de malade souffle et me déstabilise passé les 160 km/h. Dingue.

Retour au stand, où Céline et Pimente nous ont attendus. On discute, on débrieffe, et bordel… Il n y a pas de mots pour décrire ces 60 kilomètres. La qualif, qui parait accessible sur le papier, ne sera pas une mince affaire. Impossible de se projeter à rouler à plus de 200 km/h ici…

 

Ce soir, premiers essais. Je ne sais pas comment va se passer cette quinzaine du Manx Grand Prix, mais je vais prendre le tracé avec une grande humilité, rouler à mon rythme, et je sais déjà que je vais revenir avec encore plus de respect et d’admiration pour les pilotes qui ont forgé la légende du Mountain Circuit…

Je me suis trompé de titre...

Je suis tout petit. Je suis minuscule. Et je me suis trompé de titre… Dans la journée, il y a toujours un moment où je pense à vous, à ce que je vais vous raconter. Là, j’avais trouvé un titre pour l’article, c’était « Maman, j’ai sauté à Ballaugh Bridge », en m’imaginant raconter à ma mère mon premier tour sur l’ile de Man. Je pensais que ce serait le fait marquant de ce tour « sous vitesse contrôlée », où on part par paquet de 7 derrière un ancien pilote pour découvrir le circuit. En fait, le vrai titre, c’est « Maman, j’ai coupé dans Sulby ». Sauf que Sulby est une ligne droite… Et j’ai coupé. Sous les arbres, à fond depuis plus d’un kilomètre, secoué comme un prunier, j’ai rendu la main parce que ça allait trop vite pour moi. Dans une ligne droite… Meeeeeeeerrrrrrdddeeeeeee !!!!!!!!!!!!

C’était pourtant déjà très riche en émotion avant de partir. Pimente qui fout les larmes aux yeux de Céline. Tibo et Jessy dans la ligne droite des stands sous les drapeaux qui flottent, et devant moi, la file de pilotes qui attendent, eux aussi, de « savoir ». Départ, tranquillement quand même, sur au moins… 300 mètres. Je déteste suivre, et mets une petite distance de sécurité avec le pilote devant. Immédiatement, deux pilotes me doublent pour être dans la roue du Marshall qui nous montre les trajectoires. Je laisse faire, et, progressivement, tout va vite, très vite, trop vite.

Devant, le Marshall est droit comme I sur son R1, enroule proprement les virages les uns après les autres. Derrière, j’en chie pour arriver à suivre, me fait décrocher, revient. Je suis en train de vivre l’expérience la plus dingue, la plus incroyable, la plus effrayante de ma vie. Vous pouvez penser que j’en fais des caisses, mais je vous jure qu’il n y a même pas de mot pour réussir à vous décrire ce que j’ai vécu pendant ces 24 minutes 30. Tout m’est passé par la tête, joie, adrénaline, déception, crainte, hallucination. Bref, même si j’ai sauté à Ballaugh Bridge comme prévu, j’ai aussi coupé dans la ligne droite de Sulby, parce que c’était trop vite, trop bosselé. Imaginez vous à 230 km/h dans un tunnel d’arbre et que la moto vous secoue comme un prunier…

Le Marshall a quand même eu la délicatesse de couper à certains endroits, histoire que tout le monde puisse le ramarrer. The Nook, Governor’s Bridge, et la ligne d’arrivée. Je garderais pour moi ce qui c’est passé sous mon casque à ce moment là.

J’ai fait mon tour sur l’ile de Man. Je pensais être le seul à avoir halluciné, mais heureusement non. Julien, notre référence en rallye, a aussi pris une claque, et je crois qu’on a tous bien mal à la joue…

En un tour, nous avons compris pourquoi ce tracé est légendaire : il n y a aucun autre endroit dans le monde où on à la possibilité de faire ça. « Faire ça », c’est rouler à des vitesses incroyables en se jetant dans des virages aveugles, juste parce qu’on sait que c’est là… Encore plus que la vitesse de ce premier tour, les possibilités que le circuit donne sont hors du commun. Rien que de l’imaginer donne froid dans le dos.

On est tous là, dans le paddock, entre français à se raconter « notre » tour. On en a tous rêvé, on s’est tous battu pour le faire, et on était tous à des lieues d’imaginer ce que ça pouvait être. On n’en revient toujours pas.

Du travail, du travail, et encore du travail. J’en arrive à cette seule et dernière conclusion. Pour réussir à refaire ce 24 min 30, qui me qualifierait uniquement pour la Newcomer, mais sans Marshall devant moi, je dois bosser. Pour rouler en sécurité, à défaut d’être vite même si tout va déjà très vite sur la moto, je dois savoir ou mettre les roues. Alors on remet la plaque sur la ZX6R, on barre les numéros 14, et je retourne bosser…

Et la lumière fut...

Première séance d’essais, seul. J’attendais et redoutais ce moment. La joue encore chaude de la baffe de samedi, je voulais savoir quel effet ça me ferait d’avoir la route pour moi tout seul, si la sensation d’être à une vitesse incroyable, voir trop vite, allait se reproduire. En fait, j’ai toujours détesté suivre, et souder derrière le Marshall sans vraiment savoir où je mettais les roues n’a pas été une partie de plaisir.

Au milieu des 500 Norton, Honda et Paton, je me faufile jusqu’au départ, qui se donne deux par deux. C’est à moi. La route est à moi. Et la magie opère… Je passe Bray Hill sur un gros filet, revient sur des classiques à Braddan Bridge, les double. Je me sens à l’aise, en train de réciter ma leçon mais manquant encore de certitudes. Le droite d’Appledene, Greeba Bridge, la 600 souffle dans les sous bois. Contrairement à toutes mes courses, je suis détendu, calme sur la moto, me forçant un peu pour ne pas oublier de respirer. Ça va vite. Je roule à ma main, enfile les virages tantôt à l’aise, tantôt méfiant dans ce que je connais qui mais qui ne me plaise pas. 13th Milestone, une petite pensée pour Santiago Herrero qui a laissé la vie ici. Je ressors pas trop mal, et me fait passer par une fusée blanche et bleue, sortie encore mieux : Julien Toniutti. Julien, c’est le mec qui sera tout le temps devant toi, mais que tu ne peux pas détester. Il va vite, il est propre, et en plus de te pourrir, il le fait avec classe, en étant dispo pour donner des conseils, et avec l’engouement du mec qui aime ce qu’il est en train de faire, qui vit lui aussi son rêve. Tu voudrais ne pas l’aimer pour te motiver à le pourrir, mais tu peux pas. Il va vite, il est cool, passionné, un mec bien, quoi…

Un autre français qui m’a marqué, c’est Fred Besnard. Humble, un brin timide, Fred a une fascination pour la course, une envie, à la fois de rouler vite et de se faire plaisir qui m’a scotché. Bon, peut-être un peu trop d’envie puisqu’il s’en mettra une petite à Sarah’s Cottage, mais qu’importe… Il va bien, et même s’il y a eu du jet de meule, la lumière dans ses yeux quand il te parle du tracé vaut toutes les guirlandes de noël…

Julien est donc devant, à l’entrée de Ramsey. Je ne cherche pas à le suivre, même si je le tiens à vue un bon petit moment. Il sait où il va... Je roule, et c’est juste fantastique. Petite chaleur à May Hill, puis la montagne, derrière un 500 Norton qui me montre les lignes, et l’arrivée, avec un sacré bordel de motos à Governor’s Bridge. Chutes, tout droit, casses, la Manx qui rate une vitesse à la sortie, et c’est la ligne d’arrivée. J’espère faire un 2ème tour, mais malheureusement le drapeau à damier tombe et je dois rentrer.

Un mal pour un bien, car la moto pisse la flotte. J’ai du prendre une pierre, et le radiateur est percé. Si je faisais ce 2ème tour, l’eau se serait vidée, et j’aurais pris le moteur dans les dents… Du bol !

Les deux billes effarées sous mon casque samedi ont laissé place à une banane indéboulonnable. Là, je me suis régalé, j’ai pris du plaisir, j’ai plané… C’était juste énorme. Avoir la liberté de faire ça, de rouler à des vitesses folles sur des routes sinueuses, dans des villages… Avoir cette sensation de contrôler, sentir la leçon en train de se dérouler, frôler un trottoir, faire un saut, un wheeling, tirer la 6ème à fond… C’était bon. Cerise sur le gateau, j’ai fait ce premier tour à 94,8 mph, soit 23min51sec, ce qui me qualifie pour la course de Newcomer, à la 30ème place sur 38… C’est très loin des chronos de devant, mais je m’en fout, car je ne pensais même pas que je réussirais à franchir cette première barre !

Conor Cummins, le Mannois le plus rapide du TT, a dit que l’ile de Man était comme une drogue… Samedi, j’ai pris un mauvais shoot, ou je n’ai peut être pas aimé la piqûre… Mais là, là… J’ai plané à 15 000…

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Le pirate

Tout ce qui se passe dans ta tête fera ta course, ou presque. Pour rouler ici, ce n’est pas la taille des couilles qui compte, comme on le croit tous. Bien sûr, il faut un gros cœur, mais c’est ce que tu as dans la tête qui le plus important. Après mon tour de manège enchanté lundi, j’avais envie de me retrouver à nouveau sur le circuit. J’avais pas mal travaillé, compris certains trucs, et j’étais prêt à rouler, non pas pour faire un chrono, mais pour essayer d’aller un peu plus loin.

Sauf qu’en essayant de réciter mon tour devant mon PC, je me suis trompé plusieurs fois… Et j’ai compris que ce soir, je ne savais rien. Trop d’informations en trop peu de temps… Et je suis parti en me disant ça dans Bray Hill « Ce soir, tu ne sais rien ». J’ai validé, revalidé chaque virage avant d’y entrer. J’ai (trop) ralenti à 11th milestone, parce que je le connais mais je sais que je ne l’aime pas. J’ai pris mon pied dans Glen Helen, et je me suis senti différent sur la moto. Moins la sensation de plaisir que la veille, plus le sentiment d’être en train de travailler, d’essayer des choses, de convaincre ma confiance que ça peut rentrer sans soucis avec 20 bornes de mieux qu’hier. Et je déroule. Sauf que ce « un peu plus vite » change beaucoup de choses. La moto prend du mouvement, serpente à la réception des sauts et des compressions, louvoie en entrée… C’est le retour des sensations fortes ! Une un peu trop forte, à Hailwood Rise, où je m’écarte de deux bons mètres à cause d’une rafale de vent, me ramène sur terre… Je souffle, et continue mon chemin, en incluant ce paramètre que j’avais un peu délaissé ce soir…

Fin du premier tour, je passe Martial Mourra, un autre français Newcomer dans Grandstand. Je fonce vers Ballagarey, mais le soleil qui se couche m’arrache les yeux, je coupe, je suis perdu, je ne vois plus rien… Ma lentille de contact droite se barre… Je sors de Ballagarey, mon cerveau ne comprend plus rien, ce con veut pas faire la mise au point entre un œil qui voit et l’autre dans le brouillard. J’hésite, mais décide de continuer. Avec un œil, en mode pirate, je me dis que je vais apprendre dans ce tour à gérer la vitesse avec une difficulté inattendue, voir si ça passe, quoi… Et ça passe. Je me tiens tranquille quand même (là où tu ne vois pas, tu ne vas pas), déroule la même histoire mais avec des parties en braille, me lâche là où je sais, et puis, le drapeau à damier.

Je reviens tranquillement. La réparation du radiateur a tenu (merci à Marc Dufour), il y a eu un moment où la 5ème n’a pas voulu passer, mais j’ai eu la sensation, malgré les très gros mouvements de la moto, d’en mettre un peu plus, d’être un peu mieux.

Mon frangin à le sourire… 22min46, je viens de me qualifier pour la course de Junior !

Inespéré, je sentais que j’étais un peu plus vite, mais je ne pensais pas avoir gagné plus d’une minute au tour !

On fête ça autour d’une bouteille avec des supporters français, on discute…

Et ensuite je réfléchis…

Ce soir j’ai su que je ne savais rien, et ça m’a sauvé. La pression s’est évaporée devant ce constat et j’ai fait ce que j’ai pu avec ce qui était certain à 200%, pas moins. Le vent a soufflé, les bosses m’ont secoué, et le circuit m’a rappelé que même si j’étais certain, le chef, c’était encore lui. Qu’une vague avec 30km/h de plus devient une bosse. Qu’un coucher de soleil peut être un cauchemar. Et que même ceux qui savent, à n’importe quel moment, peuvent subir le circuit, sans qu’on sache ou comprenne pourquoi… Hier, un Irlandais de 39 ans n’ira jamais plus loin que le 1er mile de la montagne… C’est comme ça. Y a pas grand-chose à en dire, à en penser, encore moins à en juger. Si ce n’est d’être triste pour ceux qui vivront désormais qu’avec son souvenir, et se dire que s’il était ici, c’était sa volonté, et qu’il n’aurait surement pas, comme beaucoup d’entre nous, laissé de coté ses rêves, même si ils coûtent parfois beaucoup, beaucoup trop chers…

Ce soir, j’en sais un peu plus, mais j’en mettrais moins.

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Savoir prendre son Ton...

Mercredi, nous sommes partis depuis une semaine. Je n’ai pensé qu’à la course, qu’à répondre à toutes ces questions qui ont mûri pendant une quinzaine d’années. Je me rappelle quelque passage… La disparition de Joey Dunlop, en 2000. Une photo dans Moto Journal sur sa 1000 VTR, sautant à Ballaugh Bridge. J’étais parti courir, les larmes aux yeux, me jurant qu’un jour j’irai rouler dans ses traces. Dunlop, c’était l’espoir pour moi. Capable de gagner à 48 ans, la clope au bec et la bière à la main, en ayant démarré tout seul, alternant courses et séances de mécanique entre deux trajets en camion… Je me disais que ce mec là était normal, un petit, comme moi, et que je pouvais donc y arriver aussi, en bossant très fort. En roulant ici, j’ai compris que c’était aussi et surtout un génie de la trajectoire.

Mercredi matin, donc. J’ai envie de respirer, j’ai envie de passer un petit moment avec Tibo, mon pote à la compote avec qui je partage tout depuis 10 ans, mon frère Jessy qui connait encore mieux le tracé que moi, et Céline, qui m’avait dit, bien avant qu’on soit ensemble, qu’un jour, elle viendrait me filmer sur l’ile de Man. Une petite ballade sur la promenade de Douglas, un English Breakfast histoire de manger local, puis un tour du circuit en camion. On en profite pour regarder les paysages… Oh, t’as vu, on voit la mer ! Ah oui, sauf que moi, je ne l’avais jamais vu ici… Moi, je vois la maison blanche où je prends les freins, le trottoir peint en blanc et noir, et les deux autres virages à droite qui me font entrer dans de Kirk Mickael. C’est très surfait Kirk Mickael, je pense que je dois le traverser en une quinzaine de secondes…

Aujourd’hui, je ne travaille pas. Je vis et souris avec ceux qui sont là et resteront toujours, même si la course s’en va. Je les aime.

Du coup, petit coup de pression avant de partir : j’ai pas bossé. Je réfléchis à quelques endroits où je pourrais gagner du temps, me décide pour la section d’après Rhencullen et le fameux gauche de Ballacrye. Parti dans les derniers, je retrouve le plaisir de lundi au guidon. Personne devant, personne derrière, j’ai 60 kilomètres pour moi sans radar, sans avoir peur de blesser quelqu’un, sans personne qui vient en face. Et en plus, il y a des gens qui m’encouragent… Je sais qu’à Gooseneck, Corinne ‘Tite route et un groupe d’irréductibles gaulois attendent le passage des français. Un petit salut « Purple Helmet Style» plus tard, je file dans la montagne, seul, le compteur affichant 248 km/h…

Deuxième tour, je récite ma leçon encore un petit mieux, et surtout, le sourire aux lèvres… J’ai l’impression d’être plus vite, mais aussi plus à l’aise qu’hier. La moto qui bouge, se soulève sur la bosse de Ballacrye, louvoie dans Bottom of Barregarow devient une bête à dompter, tout en sachant la laisser vivre… Arrivé à « The Nook », juste à la fin du circuit, je double un pilote. J’en mets un peu trop dans le sous bois et arrive en catastrophe complet directement à la corde de la minuscule saloperie d’épingle de Governo’s Bridge. J’ai bien compris que j’étais dans la merde, mais n’hésite pas une seconde : je sors le pied en mode rallye-j’te-dis-qu’ça-rentre… et ça rentre… 600m, et le drapeau à damiers.

Mon frère à sa tête du gars content. C'est-à-dire qu’on ne sait pas trop mentir dans notre famille. Je crois que je l’ai… J’en suis sûr… Oui, il sourit trop… Je viens de passer le Ton, avec un tour en 22min 24sec !

Le Ton, c’est la barre des 100 miles par heure, soit 160,9 km/h de moyenne au tour. C’est un peu l’objectif de tout pilote qui vient ici pour la première fois, car ça commence vraiment à défiler… Mais histoire de rester les pieds sur terre, je me souviens aussi que le Ton a été passé pour la première fois par Bob Mac Intyre en… 1958… ça me fait sourire d’être content quand même… comme quoi, il en faut peu pour un enfant !

Hier soir, il manquait juste une cheminé. A 1h du matin, nous étions 7 froggies, spectateurs ou pilotes, à se raconter nos petites histoires et nos grosses galères, sans langue de bois, sans se la péter… Le Ju, qui a fait péter le 9ème temps en Newcomer A avec une pendule en 21’06, nous a vendu du rêve avec ses saisons de rallye… Dommage que Père Protat n’ait pas voulu nous raconter une nouvelle histoire, parce qu’entre le « Nac-nac-terre-plein », le  « je te double en te tirant par la selle », et le « je retiens ta moto avec mon coude pour gagner », Fred, qui m’impressionnait tant dans le paddock lors de mes débuts de mécanicien en 2006 avec son air de boxeur et ses silences en qui en disaient trop, s’avère un mec génial, franc, et entier. La légende comme quoi il aurait sourit pour la dernière fois en 1996 est donc complètement erronée, et le personnage vaut le coup d’être écouté, et respecté.

Voilà, on est tous là dans la nuit, content de notre petite séance d’essais, de vivre cette course de l’intérieur, d’être ensemble, et d’avoir la sensation de se comprendre…

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Cadeau Bonus : Le Bon, la Brute, et le Truand

Faut quand même que je vous raconte… Mardi, Fred (ex-pilote de GP 250, 500, superbike France et mondial) dont je vous ai parlé tout à l’heure, Christophe (un fana de road races), et moi-même, sommes parti faire un tour du circuit, histoire que je révise mes leçons…

Tout se passait à merveille, quand soudain, à la sortie de Ramsey, une Norton Commando (celle Manchzeck dans le Joe Bar), démarre devant nous, passagère agrippée au porte-bagage, casque bol sur la tête et Climax aux yeux. La scène est déjà belle.

On attaque donc la montagne, à la queue leu leu, quand un bruit de tonnerre déchire mes tympans pourtant mélomanes : La Commando déboite la file de bagnoles et s’en va, laissant tout le monde sur place. Le conducteur de la voiture qui arrivait en face, par contre, devait beaucoup moins rigoler. Bref, une fois la voie dégagée, j’en tombe deux, soude, empile les vitesses, et revient sur la Commando vieille de 45 ans. Le mec est cinglé. Je le double, le dépose au moteur, attend quelques kilomètres plus loin d’avoir la route dégagée pour doubler une nouvelle file de voiture… Et me refait passer par la Commando qui, visiblement, aime donner des sensations aux gens qu’elle croise. Elle rentre dans Verandah, la passagère droite comme un I, le pilote aussi. La moto louvoie, je les vois mourir 10 fois dans ce quadruple droit… et non. Soit le mec est en contact direct avec dieux, soit c’est dieu lui-même. On sort de Bungalow, je dois bosser cette section (où j’ai pris la rafale de vent), mets gaz, redouble, fais 5 bornes, me retrouve à nouveau coincé derrière une caisse… et 5 secondes après, la commando qui me redouble, à bloc… Mais merde, je me traine ou quoi !!! Je regarde derrière, plus de Fred, plus de Christophe… Bon, je dois pas tant me trainer que ça… On se rejoint tous dans Creg Ny Ba, où la route redevient limitée en vitesse (oui oui, tout ce qui c’est passé avant a été effectué dans la plus grande légalité… de l’ile de Man !) On suit la Commando jusqu’au rond point de Governor’s. La passagère, dont je n’ai vu que la queue de cheval au vent, à le sourire. Le pilote relève la manche de son cuir, regarde sa montre, et s’en va dans le grondement du twin parallèle… Surréaliste.

On revient au paddock, je vais direct voir Fred qui n’a pas suivi (en même temps, c’était son premier tour de bécane sur l’ile et dans la montagne, alors que je la lime depuis 4 jours !!!), et lui demande s’il veut s’en acheter une aussi, de Commando… On rigole, on se raconte 10 fois cette ballade, on raconte à Ju, qui se moque… Sauf que j’ai retrouvé le mec… Ou plutôt la queue de cheval. J’entame donc la conversation avec miss queue de cheval, valide que le type qui est à coté d’elle est bien le pilote de la Commando... Oui, c’est bien lui. Je lui dis qu’il est débile, que je l’ai vu mourir 10 fois, dont au moins 5 fois dans le même virage… Il rigole, se fout de ma gueule… Il m’a bien remis, le salaud, avec la moto noire hier dans la montagne… On discute, et j’apprends… qu’il a battu ici même Joey Dunlop, fait 3ème en 250 au TT, et gagné le Manx GP il y a 15 ans…

Alors, qui du Bon, de la Brute, et du Truand ?

Le Bisounours triste

C’est Tibo qui m’appelle le Bisounours… C’est vrai que même si je pense que l’être humain est une sale bête, j’ai une tendance à croire dans les gens comme personne. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil… Mais des fois je me sens très seul. Je peux pas vous expliquer pourquoi ni comment j’en arrive là, mais c’est comme ça. J’aime plus personne, même pas moi. Dans ces moments de faiblesses, te reviens à l’esprit ton histoire, ce qui a fait ce que tu es devenu, et je ne sais pas si c’est l’humeur du jour mais j’ai l’impression que ce sont plus les mauvais moments qui te forge à la place des bons. Je repense à toutes ces fois où j’ai rêvé d’être ici, le plus souvent en colère parce qu’on me disait que c’était pas pour moi. Toutes ces fois où je m’imaginais essorer la poignée de gaz sur cette ile de Man pour crier ma colère à un monde qui ne m’attendait pas.

Je suis pourtant bien entouré, avec les miens qui me soutiennent mais quand mon ciel se fait gris… Mais hier soir il m’a manqué une référence, quelqu’un qui me tape sur l’épaule, qui s’assoit à coté de moi et me dise, « Je vais t’aider à aller plus vite, je vais t’aider à aller plus loin dans ton rêve ». Hier soir, j’étais con, et j’ai décidé de ne pas rouler, sur une route partiellement mouillée, parce que ça sentait l’erreur à plein nez.

Du coup, comme je ne suis qu’un humain, j’étais encore moins content, et je me suis mis au travail. J’ai fait une pause, pour essayer de comprendre tout seul comment aller plus vite. J’ai ouvert mon calepin bleu, celui où toute une année de vie s’écrit, parce que la mémoire me manque depuis le passage de morphine. Et j’ai bossé.

Comme tous les matins depuis que nous sommes là, la pluie nous a réveillés, mais je savais que je prendrais le guidon ce soir. J’avais des trucs à essayer. Et c’est passé. Seul problème, j’attendais la montagne pour mettre en œuvre, et je ne me suis pas assez appliqué sur le reste du circuit. A vouloir bien faire, je me suis retrouvé perché sur un serpent de mer à travers les bois, les villages. J’ai rien lâché, mais j’ai senti que sur cette portion là, je n’avais plus rien de « Smooth », ni de vite. Je me suis mis debout sur les reposes pied, je suis sorti de la moto pour récupérer ma trajectoire, j’ai bataillé avec elle, ses suspates affolées, son moteur hurlant. Le compteur a affiché 275 km/h dans le tunnel boisé de Sulby, moteur au rupteur… Tiens je tire un poil court. Mais je n’ai pas su changer mon comportement sur ces deux tours.

Le chrono a quand même parlé, en 22’10, puis 21’53, mais je ne suis pas content. J’ai roulé avec ma tête d’homme triste et vengeur, celle là même qui m’a parfois poussé à me dépasser, mais m’a aussi bien fait déguster. Ce soir, j’essaie de me calmer, de reprendre un peu pied, et de faire comme toujours : Être heureux avec ce que j’ai…

Les Maîtres d'Orchestre

Les nuits sont aussi utiles que les jours. Celles de l’ile de Man sont spéciales. Après une séance d’essais, l’adrénaline est à son maximum. Je suis à bloc, et une heure après, quand tout retombe, j’en ai les jambes qui tremblent. Ensuite, vient le moment de se coucher, mais le cerveau, tellement excité par tout ce qu’il vient de vivre, continue sa course, refait les virages, comprend les erreurs. Mon coup de mou digéré, je me suis attelé à me détendre. Première étape, les kinés de la course. Ils sont dispo, gratuitement, pour remettre les corps des pilotes secoués en droite ligne. Pendant une bonne demi-heure, deux femmes s’occupent de mes jambes, de mon dos, et de mon cou, encore raidis des essais de la veille. Je commence à souffler.

Puis une main se pose sur mon épaule… C’est la grosse paluche du Mig qui me vient en aide. On regarde la vidéo embarquée de la veille, il corrige mes erreurs, m’explique les trajectoires… C’est la première fois que j’ai droit à des conseils de pilotage. Je suis en train d’apprendre plein de choses. Je n’ai jamais fait de stage, j’ai commencé la moto tout seul sur la route, et pris de mauvaises habitudes. En fait hier, j’ai compris que je n’étais pas assez fort pour progresser que par moi-même. Certains pilotes commencent avec du talent, ce qui ne les empêche pas de travailler pour être au top, mais moi je sais que je ne suis pas né avec ça. J’ai juste une grosse volonté, et de l’envie, ce qui fait que je suis plus souvent à l’agonie qu’à l’attaque, comme dans les spéciales de rallye. Cette heure avec le Mig m’a apporté bien plus que toute une journée à faire des ronds sur un circuit. J'en apprends aussi avec Julien, et j'en comprends encore avec Fred Protat... Du positif, et je respire mieux. Au départ, je venais pour me qualifier. Maintenant que la course a commencé, j'en veux plus, mais je me rends compte que je ne suis pas bien armé. Pas avec la moto, mais avec ce que je sais faire avec, ce que j'en comprends.

Ce soir, je sais avant de partir que je vais bien rouler, parce que j’ai compris des choses. On déconne un peu sur la mise en grille, et je pars pneus froids, mais serein. Quatre virages pour chauffer les Pirelli, et je déroule les conseils. Tout n’est pas parfait, mais je suis déjà plus en sécurité sur la moto. Et puis, un nuage, une forte odeur d’huile dans Gorse Knee… Je coupe, pensant voir une moto en feu… Mais ce n’est qu’un moteur cassé. Je reprends mes esprits, et déroule les 45 km restant comme une partition, avec quelques fausses notes et des talus un peu trop proches… Mais je sens que je maîtrise mieux l’instrument. Fin du premier tour, et drapeau rouge. Trop d’huile dans Gorse Knee, les essais se terminent sur cette note positive. Seul point noir à l’horizon, la boite de vitesse commence à déconner. A moins que ce ne soit moi. Je dois parfois m y reprendre en trois fois pour enclencher la 6. J’espère seulement que c’est mon pied qui commence à fatiguer (j’ai du mal à relever le pied gauche depuis un accident), et que la moto ira jusqu’au bout de la course lundi.

J’en saurais peut être un peu plus avec Stéphane, qui arrive ce dimanche, et qui touche à la mécanique comme Audiard à l’argot.

En attendant, ce soir c’est chaleur et convivialité avec les autres équipes françaises. On part sur Douglas, à 9 dans mon camion 3 places, suivi de Ju et son équipe. Une bière, un restau, on arrive même à ne plus parler de cette ile qui nous obsède tant. Un brin de moto, un peu d’histoire, de bonnes vannes et quelques analyses nocturnes plus tard, on se quitte sur la baie de Douglas, guirlande de noël sur la mer d’Irlande… Demain, il faut préparer les motos pour notre première course. Dans 240km, 1104 virages, quelques sauts et quelques guidonnages, nous aurons inscrit modestement nos noms sur les tablettes de l’ile de Man…

Aparté d'un jour de pluie : Le Chef

Il y a parfois des histoires bizarres. 2006, à l’ISAT, mon école de Nevers. Je discute avec 19, pilote en Promosport 600. Il a attaqué la saison d’endurance avec un team du Loiret, et cherche un mécano pour Albacete. Il me propose la place, j’accepte, mais un mois avant le départ, je suis appelé pour l’éco marathon Shell, course à l’économie d’essence sur des voitures à trois roues, sur laquelle j’ai une grosse revanche à prendre. Je suis obligé de décliner pour la course d’endurance, mais trouve un remplaçant en la personne d’Edouard, histoire de ne laisser personne en galère et de faire plaisir à un pote. L’éco marathon est un échec, et j’en oublie que l’endurance.

Avril 2007, je suis en stage à Vibraye, dans la Sarthe. L’équipe d’Isatmot, projet monté avec Prep et Gégène pour faire rouler une BMW au Bol d’or classic, m’appelle. Le Flat a avalé ses soupapes, la course est dans trois jours, et je suis missionné pour trouver une paire de culasses en diamètre 40. Après moult coups de fil, je trouve la solution chez Econoflat, où Luc et Valie m’attendent avec le café, en région parisienne. On est jeudi, 17h, j’ai emmené ma tutrice de stage après sa visite en bécane jusqu’à la gare (entre temps j’ai paumé les clés de ma moto, donc il a fallut rattraper le temps perdu pour qu’elle ait son train…), et je mets cap sur Nevers. 21h, je donne les cylindres aux mécanos, vais dormir 4h dans le coffre de la Lancia de Prep, et saute sur la BM, une plaque d’immatriculation écrite au blanc correcteur, pour faire les 300 kilomètres de rodage restant. Vu que j’ai pas de compteur, je calcule que ça fait approximativement deux aller retour Bourges-Nevers. J’en profite pour amener vers 6 heures du mat les croissants à ma mère, qui ne comprend ce qu’une moto fait appuyée sur le tas de bois... La course se fait, les pilotes (Pedro et Manu) nous vendent du rêve, et je décolle le lundi matin pour retourner à mon stage. Lundi soir, après m’être fait sortir du bureau pour cause de cernes trop importantes, coup de téléphone du Mig…

« Hé Momo, tu te rappelles que j’engage une Triumph au 24 heures du Mans !

-          Ben oui !

-          T’es toujours en stage à coté du Mans ?

-          Ben oui !

-          Bon, les motos ne démarre pas, tu pourrais venir STP ?

-          Ben oui… »

Je m’arrange avec mon chef de stage, qui me donne ma semaine. J’arrive dans le stand, que nous partageons avec un certain Guy Martin… C’est un peu la galère avec les Triumph, mais on y arrive, et je suis débarqué de l’équipe le Jeudi, car elle doit être composée uniquement de filles, point crucial du projet, comme c’était convenu depuis le début. Je pars faire un tour dans le paddock, et tombe par hasard sur Edouard, qui poursuit cette année la saison d’endurance avec le team où je devais être l’année dernière… On discute, on boit l’apéro avec le team manager, Gilles, à qui je raconte mon histoire… et il me propose d’intégrer l’équipe pour les 24 heures. Fabuleux !

C’est là que je rencontre le Chef. Stéphane, Normand de son état, est ma référence pour cette course. Je l’écoute, le regarde, confirme tout avec lui… Puis, trois mois après, nous partons pour les 8 heures de Suzuka, une expérience exceptionnelle… On se lie d’amitié… Les passions sont les mêmes, l’amour de la moto, de la mécanique, mais je reste en admiration devant ses talents…

2012, j’organise pour le club un pèlerinage sur l’ile de Man. Stéphane est de la partie, c’était un de ses rêves…

2013, on se retrouve au 24 heures du Mans, moi en spectateur, lui toujours accroché à ses outils. On boit une bière autour du feu, on discute des projets… Et je luis dis que ça y est, je me sens prêt pour l’ile de Man, que je vais m’inscrire au Manx Grand Prix l’année prochaine… Et que j’adorerais qu’il soit mon mécano…

C’est comme ça que dimanche, je suis allé chercher le Chef à l’aéroport de Castletown… Heureux de ne pas lui avoir menti, heureux d’être avec lui, même si je n’ai pas pu le faire venir par mes propres moyens… La classe en col bleu arrive sous ma tente… l’œil fait vite un état des lieux… et les outils ne restent pas longtemps dans leur étui…

Riding for Eddy

Je suis dans mon camion, seul. J’ai enfilé la chaine avec une plaque portant mon nom, ma date de naissance, mon groupe sanguin, et le numéro de Céline. Je la déteste, mais elle est obligatoire. J’ai mis mon tee-shirt de course, le noir avec l’hélice jaune et blanche. Je pars jamais sans lui. J’ajuste ma combinaison, pose les sliders rouge avec les trois jambes de l’ile de Man au milieu, en blanc. C’est un des cadeaux des potes du club, en remerciement du pèlerinage que j’avais organisé ici en 2012. Ils sont neufs, et je m’étais promis de ne jamais les utiliser à part ici. Ils attendent dans une armoire depuis 2 ans, et ils vont comprendre pourquoi.

Je respire lentement pour calmer mon cœur qui s’emballe. Je ferme les yeux. Je suis très exactement à la place où je dois être, même si je serais plus serein devant ma télé. Je me lève, c’est l’heure.

Stéphane et Jessy soignent la moto. Céline et Pimente s’occupe de moi. Une poignée de main pour les potes, un baiser pour ma femme, j’enfile mon casque. Devant moi, les drapeaux qui flottent. Le public. Onze motos et autant de moteur qui attendent de s’exprimer. J’avance. C’est mon tour. Les drapeaux ont disparu, le public aussi. Il n y a plus que le drapeau de l’ile de Man qui se baissera dans quelques instants, et au loin, là bas, Bray Hill. Le drapeau tombe devant ma visière noire. C’est mon tour. Après 17 ans, c’est mon putain de tour.

Première boucle comme j’ai pu faire aux qualifs. J’essaie de me placer, j’enroule du mieux que je sais. Chaleur sur la bosse de Rhencullen, la moto redevient serpent avant d’attaquer la succession de gauche-droite-gauche-droite presque à fond, sans dégagement, sans horizon. J’y crois, j’en veux, c’est à moi. Je donne ce que j’ai, sans chercher à faire plus, mais je dégage la pression pour ne pas passer à coté de Ma course. Fin du premier tour, je respire dans la ligne droite des stands, avale Bray Hill sans y penser, me fend d’un beau wheeling à Ago’s Leap, et d’une belle chaleur dans le gauche d’après. Ça passe, et je soude. Quelques pilotes me doublent, je vois mes points faibles, mais que la descente est bonne après Ballagarey… A fond de 6, en sortie de ville, je ne couperais les gaz que 6 bornes plus loin, à Greeba Castle… La moto se tient bien sur section. Passage à Barregarow, et une pensée pour Eddy, le patron octogénaire du camping où nous allons toujours (le mari de Glynne, quoi…), qui a fait un malaise cardiaque vendredi. Il est à l’hosto, mes parents n’ont pas voulu me le dire, mais je l’ai appris par quelqu’un d’autre. Ce soir, je roule pour toi, Eddy, et dis toi bien que je ne suis pas prêt à m’occuper de tes noisetiers, ceux que tu as ramenés de France avec fierté, quand tu es venu nous visiter…

Je continue ma route, moteur hurlant. Tien, j’ai oublié mes boules Quies. Pas grave, mais c’est pour ça que j’avais l’impression que ça gueulait… Une nouvelle énorme chaleur sur la bosse de Rhencullen, le cadre se fait caoutchouc… A retenir pour le prochain passage.

Quelques fusées me passent. Je m’accroche dans l’ultra bosselé de Ginger Hall au K-Tree, et perd contact sur un freinage. Ma moto est réglée trop souple pour prendre de gros freins, et la moindre bosse lui fait danser la gigue au milieu des trottoirs.

Fin du 2ème tour, je pense à m’arrêter au stand… Stéphane m’attend au loin. Il met la béquille, Jessy plonge le pistolet essence dans le réservoir, Céline me tend à boire et nettoie la visière, constellée par des moustiques suicidaires. Je repars, fais un signe à l’équipe en descendant St Ninians à bloc. La course a été réduite à trois tours, il m’en reste donc un pour atteindre mon but.

Je me suis habitué à la vitesse. Tout me parait normal. J’ai enfilé le papier percé dans l’orgue de barbarie, et je tourne la manivelle de virages en virages. Le soleil rasant devient bien gênant. J’ai mal aux yeux, mais j’attends l’ombre pour envoyer tout ce que j’ai. Kirk Mickael, Ramsey, Gooseneck. Gooseneck, c’est l’annonce de la plénitude. Dernier virage avant la montagne, Gooseneck raconte la fin des bosses, des talus. Maintenant, la route est lisse, et il n y a plus que des ravins, des rochers… et c’est rassurant.

J’arrive dans Creg Ny Baa, les spectateurs applaudissent à la sortie, je tends un poing rageur et heureux. Je suis en train de le faire. Te déconcentre pas, espèce de con. J’enfile les dernières courbes en retenant mes émotions, passe Cron Ny Moona comme une bête, Signpost ventre à terre, puis c’est la petite enfilade de « The Nook », à l’arrêt, dans un sous bois. Il fait presque nuit ici. Et d’un coup, les arbres disparaissent, la ZX6R surgit dans la lumière et dans une petite roue arrière… Je le vois, il est là-bas, ce tissus blanc et noir qui m’attend, et qui ne sait pas que je l’attends depuis si longtemps. Je passe à coté, mais je ne le vois plus. Mes yeux sont plein de larmes. J’arrive même pas à rentrer au stand. Je suis là, calé contre un mur, devant des spectateurs qui ne doivent pas comprendre, et je pleure, je pleure tous ces kilomètres à moto qui n’avaient que pour but de m’emmener ici, je pleure mes bécanes cassées à trop avoir essayé, je pleure les centimes gagnés dans plein de boulot pour les réparer. Je pleure mon rêve qui vient de se réaliser.

Je ne peux pas rester là, j’en ai presque honte. Je passe la première et rejoint mon équipe. Je leur raconte, j’essaie de leur faire partager du mieux que je peux. Mais ce soir, pas le temps de fêter. On découpe les plaques numéros noires, on colle des 44, et Stéphane à qui j’ai donné quartier libre sur la moto, s’en donne à cœur joie. Demain, à 10h15, je serais au départ de la Junior, pour 4 tours de manèges…

A 28 ans du matin...

Il est 6h du matin, ce jeudi. Malgré la grosse journée de la veille, je ne dors plus. Je n’ai pas réussi à vous écrire hier, et je cherche depuis cette nuit comment je vais pouvoir vous raconter « ça »…

Hier, j’ai eu l’impression d’aller au boulot. Tout était normal. J’avais donné à Stéphane le droit de faire ce qu’il voulait sur la moto. Je lui ai juste demandé avant de partir dans quel sens il avait tourné les vis de réglages, pour savoir ce qu’il avait cherché à faire, en fonction de ce que je lui avais raconté la veille. Et je suis parti, comme ça, faire mes quatre tours, sans rien penser d’autre que m’appliquer, et prendre du plaisir. Dans le calme, comme si j’allais au travail… Mais quel travail !

Mardi, j’avais un peu la pression de finir, de réussir. J’avais pas le droit de tomber, ni de casser. Abandonner quand on a son rêve entre les mains doit être la pire des expériences… Au passage, le problème de 6ème vitesse était bien dû à mon pied gauche, toujours trop faible au relevé. Hier, je suis parti pour le plaisir, et j’ai tourné la manivelle de mon orgue de barbarie aussi vite que j’ai pu. Je l’ai senti… A Quarry Bends, succession de 5 virages très rapides, la moto s’est faite de plus en plus lourde à balancer. J’ai posé le genou dans de nouveaux virages, suis sorti du quadruple droit de Verandah à 211 km/h, et vu la réserve d’essence s’allumer 4 kilomètres plus tôt que la veille. J’ai compris que les réglages du Chef portaient leurs fruits, rendant la moto moins vicieuse. Je savais que j’étais plus vite, mais je ne savais pas combien. Mardi, j’ai fait la course à 103.3 mph de moyenne, avec un meilleur tour en 21min33. Là, je sais que je suis mieux.

Sur ces quatre tours, libéré du devoir de réussir, je n’ai pensé qu’à m’appliquer. J’ai juste eu peur quand j’ai vu les pales de l’hélicoptère médical dans le contrebas d’Hailwood’s Height. J’ai eu peur que ce soit Julien. Puis j’ai calculé, en fonction des places et du temps qui pouvait nous séparer qu’il n y avait pas assez de minutes pour que ce soit lui, et que l’hélico soit déjà arrivé. J’ai soufflé, souhaité de toutes mes forces que l’inconnu du ravin aillé bien, et j’ai continué ma route. J’ai vu la mer à Kate’s Cottage, et j’ai retrouvé mon pote, le drapeau à damier. Et j’ai pas pleuré. Je suis retourné au parc fermé, et sur ma route, j’ai croisé une fille qui pleurait. Céline… Elle pleure la fin de ses questions, elle pleure pour moi, parce qu’elle sait depuis la première minute que je n’aurais pas pu vivre sans l’espoir de poser mes roues sur ce circuit. Mon frangin nous rejoint, me saute dans les bras. C’était important pour lui aussi, il l’a vécu autant que moi. Stéphane arrive, plus discret. On se regarde, on s’étreint, et on sait… On sait que j’étais mieux sur la moto, je sais que c’est en grosse partie grâce à lui, et il me dira que c’est en grosse partie grâce à moi… Pour être tout à fait exact, il a assaini mon serpent de mer pour que je puisse tourner la poignée encore plus fort. Et le résultat est là. A un peu plus de 107 mph de moyenne, soit 172 km/h pendant 240 kilomètres, avec un tour en 20min32sec à 110 mph, j’ai explosé mes temps d’hier, et viens d’atteindre les deux derniers objectifs que j’avais pour cette année : descendre dans les 20min30, et décrocher un Replica, petite statuette attribuée aux pilotes qui entre dans les 110% du temps du vainqueur.

Tout vient de m’arriver là. Toutes les cases sont cochées dans ma liste au père Noël… Et je ne sais plus quoi dire. Enfin si, que j’aurais aimé que Tibo soit là pour fêter ça avec nous. Que j’aurais voulu que JC, mon père d’atelier, et JB, mon frangin d’atelier, soient là également, parce qu’ils ont toujours beaucoup compté pour moi. J’ai un sentiment de plénitude, le même que j’ai connu en haut du Mont Faron en 2007, lors de la dernière étape du Moto Tour, ma première course, que je croyais alors être la dernière…J’ai un sourire crétin figé sur les lèvres. Je regarde mon frère, mon Chef, et ma femme… Je suis très exactement là où je voulais être…

Avant de conclure, je souhaite remercier tous les gens qui m’ont soutenu au fil des années, qui m’ont tendu la main quand beaucoup souriaient… A commencer par l’équipe de Tecmas, chez qui j’ai beaucoup appris, mécaniquement et humainement. Le Conseil Général du Cher, Madame Chêne et Monsieur Gomes, qui m’ont apporté un énorme soutien ces deux dernières années. Arnaud Sassonne et Moto Expert, qui ont toujours été à mes cotés, et ne se sont pas foutus de ma gueule quand je passais du haut de mes 18 piges avec mon 125 TZR leur demander comment faire pour être pilote. Ma ville, Mehun sur Yèvre, et Monsieur Koszek, qui m’a toujours envoyé un soutien, même dans les moments difficiles de la saison. A l’IUT de Bourges, l’école qui m’a supporté pendant deux ans, et chez qui je retourne avec plaisir quelques soirs, pour parler moto avec des passionnés dans un amphi. A Cyril Coudière et Axa Assurance, sponsor de la première heure… Je te revois, Cyril, à la maison autour du poulet brûlé, me dire « Mais l’ile de Man, monsieur Govignon, l’ile de Man ! ». A l’équipe de SilverPerformance, que j’ai sollicité maintes fois cette année pour rendre la moto un peu plus performante. A JC, qui m’a fait une belle peinture que j’ai honteusement bousillée au rallye de l’Ain, et qui m’a donné la première tape dans l’épaule. A AEB Electricité, mes « Jules-de-chez-Schmidt-en-face » voisins de bureau et arrivés cette année dans l’aventure. A Fabrice Dion et Maintenance Service, pour la chaussette sous le casque, les bougies et le reste. A mes étudiants de Génie Mécanique, qui ont bossé sur mes motos pour les rendre un peu plus vite, le soir, après leurs cours. A Edouard, mécène surprise de la dernière heure, juste parce qu’il trouvait ça chouette. a Steve, pour lesq heures passées au téléphone à m'expliquer comment ça se passait ici. A Seb, pour les pièces à coté de la maison, et les paiements à 45 - 60 jours. A mes potes, JB, JC, Tonton Roland, Pedro, Benoit, la bande des Fleurs de Lys, et Xavier… Aux gars (et aux filles !) de mon boulot qui me supporte au quotidien, mais quand j’ai ma tête des lendemains de chute, à Ludo qui m’a fait un bel échappement… A Fabrice, mon patron, qui comprend, me laisse libre et re-signe, même quand l’hôpital me retient cinq mois. A Julien Toniutti, avec qui j’ai beaucoup partagé et appris durant ces 15 jours, et à son équipe, Fred et Pierre, toujours disponible. Au Mig et à Marc Dufour qui m’ont aidé et épaulé pendant ce Manx Grand Prix. A la grande famille des rallyes routiers, à qui j’ai pensé, Christophe, le singe du TT, Sony, Crazy, et Nick en tête. A toutes celles et ceux que j’ai croisés au fil des années, avec qui j’ai partagé un bout de chemin, parfois trop court, à tout ceux que j’oublie, mais qui par une phrase, un message, vous réconforte… Aux pilotes et supporters français venus sur l'ile de Man, avec une attention particulière pour Martial, Eric, Lancelot, John Ross et Fred, que je respère revoir sourire sur l'ile de Man...

Une phrase de Cavanna : A toi, à toi, et à toi, que j'ai tant aimées... si mal

A Yoann, Luc et Eric, à qui j'aurais aimé pouvoir raconter tout ça...

A mon équipe sur l’ile de Man, Margot, Jessy, Tibo et Stéphane, pour les heures consacrées à ce qu’on réussisse…

A ma famille… T’as vu maman, j’ai pas menti…

A Céline, ma fée, ma russe, mon amour et mon bonheur…

On arrive à la fin cette histoire… Alors, pourquoi ? J’ai voulu vous écrire chaque jour, sans pitié et sans pudeur, pour vous raconter ce qui se passait vraiment à l’intérieur d’un gars qui roule sur l’ile de Man. On replace quand même les choses en perspective, ce n’est pas le Tourist Trophy, mais le Manx Grand Prix. Le tracé est le même, la complexité aussi, mais le niveau est moins élevé qu’au TT, et le Manx en est la voie d’accès. Je ne sais pas si je reviendrais, je me suis tellement concentré sur cette course que pour la première fois, je ne sais pas ce qui vient après…

Mais l’important n’est pas là. L’important, c’est toi, toi qui lit ma bafouille, chez toi, ou discrètement au boulot. J’ai écrit ça pour toi. Je t’ai écrit parce que je suis comme toi, un petit parmi les petits, sans talent spécial ni fortune. Je t’ai écrit pour te dire qu’il n y a pas besoin d’être né avec une cuillère en argent dans la bouche, avec un talent ou un don pour y arriver. Je t’écris pour te dire que tout ce qui compte, c’est de rêver, de t’écouter, et de te battre. On est jamais les mieux lotis, on sera jamais les meilleurs, mais l’important, c’est de savoir qu’on se bat chaque jour pour faire ce qu’on aime, avec ceux qu’on aime, même si ça rend le quotidien plus difficile. On finira tous par mourir. L’important, c’est ce que tu auras fait avant… Y a rien de plus con que de tourner en rond sur un circuit, fut-il mythique… Mais que tu veuilles être coiffeur, astronaute, danseuse étoile, ou juste avoir un beau jardin, ça n’a pas d’importance, tant que ça n’a qu’un but : te rendre heureux. Ce que je t’ai écrit, c’est que ça va pas toujours être simple. Que t’auras peur, mal, ou les deux. Que ça prendra du temps, mais que les sexagénaires à la remise des prix hier m’ont prouvé qu’il n’est jamais trop tard. Qu’il n y a pas de héros, juste des bouts de chair et d’os qui n’ont pas assez de temps sur cette terre pour se laisser aller à la tristesse, à la fatalité. Que certains sont meilleurs que d’autres. Que beaucoup sont bien meilleurs que toi, que moi.

Ce que je t’écris, Pimente, toi ma petite fille à qui j’ai donné ce surnom débile pour le piment que tu as apporté ces derniers mois, ce que je t’écris, petite puce qui verra le jour en Octobre, toi qui m’a massé le dos à grand coup de pied depuis le ventre de ta maman cette semaine, toi à qui j’ai fait une jolie chambre avant de changer le cadre de ma moto, ce que je t’écris, ma petite, c’est que toute la vie est devant toi… Que je me fous que tu aimes la moto ou pas, je me fous de ce que tu choisiras…

Que j’espère juste que tu Aimeras…

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Commentaires (46)

1. Jérémie Point 13/08/2014

Hello Momo !

Merci, merci de nous faire vivre ta passion. D’abord par le nombre de tes aventures, et ensuite, parce que mine de rien c’est super bien raconté et écrit! :-)
Alors au plaisir de continuer à te lire, et en espérant te revoir un jour !
Et surtout fais toi plaisir sur cette course mythique! Faut pas mollir Momo ! :-)

Gazzz !!

PS: un ancien collegue a Tecmas en 2007... ;-)

2. CHABOU 15/08/2014

Fais-toi effectivement d'abord plaisir...........pour le reste, ça viendra tout seul :-)
J'attends bien entendu tes CR ;-)

3. Eugene 17/08/2014

Gooooooo momo!
C est magique... Amuse toi bien

4. gerard z1000sx 18/08/2014

merci pour tes compte rendus et fais toi plaisir
bonjour a toute l'equipe

5. nick ayrton 18/08/2014

Allez gazz.......mais doucement ......

6. Pedro 19/08/2014

Bravo!!
Merci de nous faire partager ton rêve! Profites à fond. Peu importe la place au final, la victoire est déjà dans ce que tu réalises en ce moment.

7. Pierrodelalune 20/08/2014

Quel beau récit,

Fait toi plaisir et profite, profite et profite encore!

8. jc 20/08/2014

Féloches mon poto !!! C est grandiose ce que tu nous fais ! et merci de le partager comme tu le fais, c est génial ça aussi !

9. Le gros fab 20/08/2014

Congrat's Momo.
C'est génial, continue comme ça et surtout met toi des gros shoot!!
Merci pour ce live à chaud.
Je suis trop content pour toi, ton rêve se réalise.

Full gazzz copain
Take care
Bisous

10. Dudule 20/08/2014

Bravo mon Momo!

Putain ça donne sacrément envie de te rejoindre!!! Je connaissais tes talents de pilotes mais pas ceux de narrateur. Tu te débrouilles très bien pour les deux!
Par contre, bascule ton casque, tu rends au moins 10 bornes en vitesse de pointe non de dieu!

Allez gazzz mon pote! et va jusqu'au bout!

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