Saison Rallye Routier 2018

De l'ado rêveur au pilote de rallye...

L’histoire d’un ado

 

Avril 2010. Je vis ma vie d’ado comme tant d’autres. A l’exception que je ne passe pas mes week-ends en boite de nuit. Je suis plus du genre à passer mes nuits dans un garage avec des potes, à bricoler nos mobs. Nous sommes dimanche soir et je règle pour la 183ème fois de l’année la carburation du Derbi, histoire de gagner 0.3cv supplémentaire pour arriver à l’heure le lendemain au bahut… J’entends résonner au loin une mélodie digne des plus grands quatuors de la musique moderne. Balayé par le vent, ce son si rauque et aigu à la fois est bel et bien celui d’un quatre cylindres nippon. Je le reconnais, c’est l’hayab mais tiens, il tire un peu court…

Chargé comme des mulets, c’est les parents qui reviennent du bol d’or classique. Je m’empresse de les aider à décharger et de leur demander comment c’était. A les entendre pas de doute, entre la course, les brélons, l’ambiance avec les copains et les rencontres bref, cela devait être surement mieux qu’un concert de Juliette Greco à la fête de la lentille du bourg… Les rencontres justement, ils ne manqueront pas de m’en parler.

« Tiens on a rencontré un p’tit jeune là-bas, Morgan et justement il a étudié dans une formation de mécanique à Bourges. Il nous a donné son numéro, appelle le, il est prêt à te rencontrer pour discuter de cette formation et de son parcours professionnel ».

J’avoue qu’à cette époque la vision de mon avenir professionnel était aussi trouble que celle que j’avais de voir un bicylindre Italien à terminer une course d’endurance de 24 Heures (même si je n’ai rien contre). Un coup de téléphone plus tard, nous callons un moment pour que je puisse lui rendre visite et discuter de tout ça.

En arrivant chez lui, les pièces de flat BMW remplacent les pots de fleur dans le jardin. De toute façon il n’a pas une tête à aimer le jardinage ou à regarder " Silence ça pousse " sur Arte. Bref, on a discuté, sympathisé et voili voilou…

S’en suivra des cours de mécanique moto à l’IUT de Bourges, la préparation d’un 750 ZXR avec d’autres étudiants pour aller rouler deux années consécutives à l’Open Trophy de Chimay en Belgique.

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Découverte de la course sur route par les étudiants de l’IUT de Bourges (promotion GMP 2012-2014).

Puis ma première session sur piste sous les conseils avisés de not’ président.

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Momo : « Tu m’as bien compris ? Si tu freines t’es un lâche !»

Et voilà, pas besoin de vous donner plus de détails, la machine était lancée…

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Mais après deux ans à tourner en rond sur des pistes propres et dégagées en toute sécurité, j’ai eu envie de changer d’horizon. J’avoue que Momo et Lolo cochet n’y sont pas pour rien dans l’histoire. Pourquoi ne pas essayer le rallye routier ? A la lumière de cette réflexion, j’ai sorti le bigophone et appelé not’ présipote adoré :

« Tu veux faire du rallye ? C’est une bonne nouvelle ! Prends un 500 CB pour commencer, tu pisses dans le réservoir, tu pètes dans les pneus et ça roule ! »

Suite à ces belles paroles, je me suis lancé. La trêve hivernale aura permis de faire peau neuve à mon vieux CB avec lequel j’ai commencé le circuit.

 

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Sexy non ? Et bien pas pour longtemps…

 

Pour cette première saison en rallye routier je n’ai rien à prouver, pas d’objectif si ce n’est de découvrir cette discipline, de partager une belle aventure en famille, entre copains, et de prendre mon pied sur la route. Alors en route !

 

Le dépucelage : 61ème RALLYE DE LA SARTHE

Vendredi quinze heures, je sors tu travail, saute dans le camion et direction la Suze sur Sarthe. A mon arrivé le camping est déjà bondé. J’ai vite compris que j’étais à la bourre face aux autres. Pas le temps de niaiser, il faut se faire une place, décharger le camion et aller au contrôle administratif, qui par ailleurs n’attendait plus que moi, pile poil. S’en suivra le contrôle technique où j’ai été obligé de faire les yeux doux au commissaire pour que ma vieille trapanelle puisse passer au sonomètre (pardonnez-moi mon père si j’ai pêché !). Pas le temps de faire les reconnaissances des spéciales, tant pis on improvisera sur place.

Vers vingt heures, le paddock est monté, la Quechua trois étoiles aussi, la bière est au frais mais il reste à installer le road book. Pas facile l’affaire. Je décide d’aller demander de l’aide au voisin mais celui-ci m’a gentiment envoyé bouler. Normal c’était l’heure de l’apéro. Mais c’est sans hésiter qu’il viendra me filer un p’tit coup de main, merci Hervé !

Samedi matin, le grand jour. Il fait gris, presque froid et je n’ose pas regarder les prévisions d’Evelyne Dhéliat. Le stress monte et je suis obligé d’avaler une demi boite d’imodium, je vous passe les détails…

Huit heure, l’heure du départ. Putain on se croirait à la file d’attente de la cantoch un jour de steak frites ! Je pars à l’heure et suis le roadbook. Nan je déconne c’est plus simple de suivre le gars devant. Ce gars, c’est Fabrice Dion lui aussi membre du Moto Club Fleur de Lys et 10 ans de rallye dans les chaussettes.

Nous arrivons rapidement à la première spéciale sur le Bugatti, circuit que je ne connaissais absolument pas. Et en plus la piste est complètement trempée. Je regarde les pilotes des autres catégories partir pour leur tours de chauffe. Et bien là on ne joue plus du tout dans la même catégorie… Les mecs freinent tellement fort dans la ligne droite pour faire chauffer les pneus qu’ils font des stoppies.

Quelques minutes plus tard, c’est notre tour. Allez garçon, mouche ton nez et dis bonjour au macadam ! Après un tour de reconnaissances où je n’ai pas reconnu grand-chose et un tour de chauffe où je n’ai pas réussi à faire chauffer mes savates, c’est le départ. Dès le premier tour je ne suis pas confiant. Mes freinages sont tardifs, mes trajectoires imprécises, je regrette de ne pas avoir roulé depuis plus d’un an avec la moto. Je perds une première fois l’avant au " S " du chemin aux bœufs, puis une deuxième fois au " S " Bleus. Mais cette fois-ci, je suis tombé chef… Je cours chercher la moto au fond du bac à gravier et repars de plus belle. Merci aux commissaires pour la poussette.

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ES1 : Circuit du Bugatti.

Mais impossible de remonter Pedro, Raphael ni Fabrice partis très loin devant. Fin de cette première spéciale, je détords la ligne d’échappement toute neuve, remet en place mes protège-mains et c’est repartit !

La suite du rallye est un brouillon, je ne suis pas trop à l’aise sur le routier et je jardine pas mal mais c’est le jeu. Les deux autres spéciales sont géniales, humides mais je prends mon pied et commence à prendre un malin plaisir à glisser. Je me contente du minimum pour rester sur mes roues et finir le rallye. Un peu plus tard le déluge arrive, je ne savais pas que c’était l’époque de la mousson dans le plat pays Sarthois ? J’ai laissé ma combinaison de pluie au paddock. Erreur, la combinaison n’est pas étanches, mes bottes font office de bac de rétention, j’ai froid, mais qu’est-ce que je fous là !?

Fin de l’étape de jour, je décide d’aller voir mes temps. ES4, je pointe deuxième de la catégorie. Rebelote à l’ES5. Tiens, ça commence à devenir intéressant.

 

Place à l’étape de nuit. Il pleut encore et encore, mon système d’éclairage additionnel n’est pas au point et même si j’ai réussi à mémoriser les spéciales, les virages me sautent à la gueule. Je roule crispé et impossible de me détendre. ES7, je double une pilote, me percute dans une épingle et je tombe dans le fossé. Encore une fois sans gravité mais je perds du temps à en sortir et repars gaz en grand pour tenter de sauver les meubles.

 

Fin de l’étape de nuit. Je suis rincé ! (dans les deux sens du terme) et je regrette ma préparation physique de raclette/tartiflette de cet hiver. Hélas ce ne sera pas fini pour nous. Axel m’informe que le camion est embourbé…Il est trois heures du matin, on est en caleçon dans la boue, et on galère (non désolé je ne vous dévoilerais pas les photos).

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Fin du rallye, p’tite photo, p’tite saucisse et au lit !

Dimanche matin, nous nous réveillons fatigués mais content tout de même que cela se termine. Fabrice viens nous rendre visite. « Bravo champion, tu viens à la remise des prix pour chercher ta coupette ? ».

Euh pardons ? Et oui Raphael ayant malheureusement abandonné, je me place deuxième de la catégorie sur trois des quatre spéciales.

Je termine donc deuxième en catégorie rallye 3 pour mon premier rallye, magique ! Fabrice, éternel champion, monte en haut de la marche du podium !

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Podium rallye 3 du 61ème rallye de la Sarthe.

Nous repartirons de ce rallye épuisés par la pluie, la boue, la bouffe, et les fous rires. Mais nous repartirons avec des étoiles plein les yeux, avec le sourire, sans bobos et plus que jamais prêt à renouveler l’expérience.

 

Après la rillette, l’aligot : 15ème RALLYE DU DOURDOU

 

Dans l’Aveyron "asquiparais" il y fait beau, "asquiparais" il y fait chaud et "asquiparais" c’est beau. Allez hop je m’inscris !

Pour ce deuxième rallye, on change de copains mais pas la préparation. Il faut avouer que je suis assez partisan de la méthodologie dite à la R.A.C.H.E (certifié ISO1664) sauf que l’on s’y est pris au moins deux jours à l’avance, on n’arrête pas le progrès. Alors on a chargé la caravane le mercredi soir et avalé les six heures de route pour rejoindre Villlecomtal.

Jeudi matin, on est en avance voir même trop. Mais rien de tel pour aller reconnaitre les spéciales. Une fois sur place, je suis perdu, trop de virage, trop de dénivelé, et j’ai beaucoup de difficultés à prendre des repères. Je tente tout de même de mémoriser les pièges et on verra pour le reste. Bref t’as compris, c’est plus pas facile que c’est compliqué quoi…

Mais au Dourdou, le rallye débute de nuit, et là c’est moins drôle. Dans la deuxième spéciale, tout commence bien, j’enchaîne les premiers virages puis je rentre fort dans le long gauche et… Non garçon, là c’est un double gauche qui se referme ! Paf, une fois de plus c’est la tôle. Je me relève mais plus de CB. Ah… où que c’est qu’il est l’outil !? Je me penche près du ravin et je l’aperçois. Là en bas, à l’envers sur le réservoir, appuyé contre un arbre. Les commissaires arrivent et souhaitent attendre que tout le monde passe avant de descendre la chercher. Pas question, je veux repartir de suite. Il ne faudra pas moins de cinq autres commissaires pour la sortir, Une fois de plus merci à eux. Elle redémarre, ouf ! Je saute dessus et rejoins l’arrivée. Je termine l’étape de nuit avec ce qui tient encore sur la moto. J’ai les boules, il faut réparer la moto mais plus de courant dans le paddock, alors on verra demain il fera jour.

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Même avec ses yeux asymétriques, elle n'a rien à envier aux BMW modernes !

L’étape de jour fut difficile, impossible de me détendre en spécial, j’ai peur. Je prends plus mon pied sur le routier. Les paysages sont splendides. Les chronos tombent, et à ma grande surprise, ni Fabrice, Ni Raphael, Ni Pedro devant. C’est Mathias Courtaud, un autre jeune engagé en 500 CB. C’est vrai que j’avais "essayé" de lui coller au train sur la route mais j’ai vite abandonné. Que dire si ce n’est qu’il roule très fort et proprement. Un futur champion sans aucun doute au vu de sa 27e place au scratch rallye. Encore Bravo l’artiste !

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Après la tôle, la prise d'angle est hésitante.

C’est sans surprise que je termine dernier de la catégorie rallye 3. Très déçu certes mais content tout de même d’avoir pu finir le rallye sans trop de bobo.

Samedi soir c’est aligot, histoire de reprendre les calories perdues pendant le rallye. Mais c’est aussi la fiesta. L’occasion parfaite de discuter avec les plus grands au manège carré et de revoir des copains comme Yves Constantin rencontré il y a cinq ans à Chimay.

 

Une envie de pâté de sanglier ? : 23ème RALLYE DES ARDENNES

 

Suite à mes erreurs, je devais me rattraper pour ne pas terminer cette saison sur un échec. Alors le 23ème rallye des Ardennes, finale de ce championnat de France des rallyes routier 2018, me semblait être l’occasion parfaite. Mais cette fois-ci j’ai appris les spéciales par cœur et fais les reconnaissances plusieurs fois. J’ai même profité de l’été pour m’entrainer sur circuit avec la moto, voir trop. A tel point qu’elle commence à boire autant d’huile qu’un curé peut en bénir. Mais bon mise part ça y’a plus d’excuse ! Ah si j’allais oublier… les sangliers. A en voir l’état des bas-côtés, la famille est grande. On croisera les doigts pour ne pas faire de bisous à Pumbaa.

Etape de jour. Il fait froid mais pas de pluie. Le routier est simple avec une boucle qui se répète pas mal de fois, ce qui me permettra de ne pas prendre de pénalité. Finalement je pointe à la cinquième place sur huit dans la catégorie, pas terrible sachant que je suis à 28 secondes de Fabrice. Mais je m’éclate et les chronos descendent p’tit à p’tit.

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A l'attaque pendant l'étape de jour.

Durant la nuit, je reste à l’aise et roule assez proprement même si je reste à la ramasse face à Fabrice et Raphael. Mais l’abandon des un fait le bonheur des autres, ce qui me permettra de remonter à la troisième place rallye 3. Et chose incroyable, je ne suis pas tombé…

Il est deux heures du matin, c’est la fin de ce rallye et de cette superbe saison. Tradition oblige, nous irons fêter ça au bistrot du coin avec les grands champions, Tonuitti, Schiltz, Fellicelli, Cauquil, Assema, et les autres. Et oui c’est ça aussi le rallye. Cinq heures trente douze du matin, nous sommes au bout du goulot, il est temps de rentrer se coucher...

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Podium rallye 3 du 23ème rallye des Ardennes.

Mais ce n’est pas tout, je remporte également la deuxième place espoir sur ce rallye et la troisième place espoir au championnat. Fabrice, Raphael et Pedro formerons le trio gagnant rallye 3 de cette saison 2018, bravo les gars !

 

Des copains, du vin et du bourrin

 

Et voici que s’achève déjà cette première saison en rallye et avec des résultats plus qu’inespérés. Je ne pensais pas que cette expérience puisse être si riche. Au-delà de l’aspect technique de la course et des paysages splendides aux quatre coins de la France, j’en retiendrais une superbe aventure à partager en famille, entre amis. Le rallye c’est aussi de belles rencontres, que ce soit aux paddocks, au fond d’un ravin aveyronnais ou encore au comptoir d’un troquet du grand ch’nord.

A l’heure où j’essaye de vous faire bilan tardif de cette première saison, je n’ai encore aucune idée de quoi sera faite la saison prochaine. Changement de projet professionnel oblige, le calendrier risque d’être plus léger. Mais une chose est sûre, je renouvèlerais l’aventure en rallye. Alors, on prend les mêmes et on recommence ?

Je souhaite remercier Ludo pour ses conseils précieux m’ayant permis de préparer la moto " presque " à temps. Merci à Momo, Fabrice, Raphael, Pedro et Hervé pour les conseils tout au long de cette saison. Enfin, un grand merci à Axel, Julia, Nestor et mon père pour l’aide sur place et la mécanique. Merci à mon fidèle avion de chasse d’avoir tenu le coup jusqu’au bout, promis dorénavant je tâcherais de tomber un peu moins.

 

 

Faire de sa vie un rêve, et d’un rêve une réalité

Malgré mes 25 ans je reste un grand gamin. Un gamin avec des rêves, fan de super héros ou plutôt d’un super héros. J’ai eu la chance de le rencontrer il y a presque huit ans, un peu par hasard. Ce gars-là, pas grand monde le connais et il n’a pas vraiment de super pouvoirs à proprement parler… a l’exception qu’il sait voler à moto. Qu’est-ce qu’il a d’un vrai super héros me diriez-vous ? Et bien c’est tout simplement un gars simple, qui ne court pas après la popularité, humble, généreux et qui aime faire partager sa passion, ses rêves. A travers des récits qui n'ont rien à envier à de grands romanciers d’amour et d’eau fraiche, il nous partage tous les grands moments de sa vie avec la plus grande simplicité. J’ai compris grâce à lui que ce qui compte, c’est de rêver, de s’écouter et de se battre. Je ne serais jamais le meilleur, mais qu’importe, l’important c’est d’avoir conscience de nos sacrifices quotidiens pour écrire un nouveau chapitre palpitant dans le livre de sa vie. Un chapitre à partager avec ceux qu’on aime et à faire ce que l’on aime.

C’est grâce à lui que j’ai découvert la course sur route. Et c’est aussi grâce à lui ou plutôt à cause de lui si aujourd’hui j’ai envie d’écrire une nouvelle page, pour progresser et aller plus loin. Non pas pour lui ressembler, mais juste pour vivre mes rêves à moi, à faire revenir dans mes yeux les étoiles que j’ai eu la première fois où j’ai découvert la course sur route. La marche est haute mais peu importe le temps que ça me prendra pour être prêt. Un jour à Chimay, c’est sûr… j’y roulerais.

Merci Momo.

 

Quentin

 

 

Commentaires (4)

Mauranne
  • 1. Mauranne | 28/12/2018
Énorme !!! Je kiffe.
R.one
  • 2. R.one | 28/12/2018
J ai adoré ! Bravo gamin continue dans ta lancée !!!
Johnny
  • 3. Johnny | 28/12/2018
Bravo encore et gaz gaz pour la suite et tu ira sur la première marche.
Carole et laurent
  • 4. Carole et laurent | 30/12/2018
Bravo pour ton parcours et ta persévérance.
Good luck for 2019.

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