Saison 2018

Fabrice Dion s'offre le titre Rallye 3 et revient sur sa saison 2018

Un championnat …mais pas que

Le pilote :

Tout d’abord, je tiens à remercier le plus inestimable de mes sponsors qui est l’amour de ma vie. Pendant que je vais m’amuser, ma chérie garde toute une tripaille de marmots et se ronge les sangs jusqu’à recevoir le SMS libérateur à chaque fin de rallye vers 2h du mat’ pour dire que tout va bien.

Des sponsors et assistance, point de ça chez nous, je me débrouille tout seul, ce n’est pas simple mais ça se fait …

2018, année de mes 40 ans et de ma 10ème année de rallye. Le premier étant aux Volcans avec le bon vieux TRX décédé depuis … Il fallait bien fêter ça. « Bééééé, et si je faisais tout le championnat cette année ??». Comme ça, pour me faire plaisir. Et ça tombe bien car il n’y a que 5 étapes donc faisable pour mon planning de ministre !

C’est parti. Début de saison avec un peu de sport pour s’entrainer et ne pas finir les rallyes avec des crampes de partout. Et puis, ça me fera du bien … parce qu’au contrôle technique des 40 ans, mon foie va mieux mais le diabète pointe son nez. Je me suis remis au VTT et Ça marche !!!

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La machine :

Petit retour dans le passé, 2016, 2017, déjà une idée curieuse. Vu que je me trouve assez mauvais en tant que pilote de moto,  j’avais décidé de reprendre les bases en roulant avec un KTM 125 Duke pendant 2 ans,  pour réapprendre à rouler. Très bonne école … avec le manque de chevaux, j’apprends à ne pas toucher aux freins pour garder de la vitesse en courbe et poser les genoux en spéciale !!! En même temps, j’achète un 1290 Super Duke, histoire de voir la différence … Depuis, j’ai abandonné l’idée de piloter le 1290, trop violent, trop peur, trop pas de mon niveau. Il faut se rendre à l’évidence, notre cerveau reptilien n’est pas fait pareil pour tout le monde et le mien a un mode aigue de volonté de conservation du matériel et du bonhomme…

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Du coup, je fini Vice-champion de France 125 en 2017... la classe. Je croise la route d’un certain Romain Cauquil (champion France 125 en 2016, champion France Rallye 3 en 2017, Champion France Rallye 2 et 3eme au classement général en 2018, bref un petit jeune qui commence …) et lui demande s’il ne vendrait pas un KTM 390 Duke en fin de saison. Je me suis bien amuser avec le 125 mais je commence à souffrir de rouler sur le routier comme en spéciale pour ne pas prendre des pénalités. J’adore cette moto, donc la même partie cycle avec un moteur qui va mieux, ça me parait une super bonne idée.

2 mois plus tard, me voilà dans le Sud à charger la moto championne de France dans mon camion. Et le Romain qui me dit « c’est une machine de guerre, je la regrette déjà, tu vas être champion avec ça », Euh... Romain, comment te dire que je suis une burne en pilotage et que je n’arriverai jamais à ton niveau, tu es vraiment un grand blagueur, tu m’as bien fait rire ce jour-là …

Etape 1 :

Ah la Sarthe, ses rillettes, son humidité et ses bouses de vache … et mise en place de l’aventure !!!

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Première spéciale de l’année, le circuit Bugatti. Après un entrainement sérieux cette hiver à MotoGP 2015 sur PS4, je ne me sens pas du tout prêt. J’ai le numéro #230 pour l’année mais je pars 2eme ligne pour laisser la horde de 500 CB devant nous … Je ne connais pas la moto, je n’ai jamais roulé avec depuis son achat. Et comme d’habitude, je ne pense qu’à ne pas me mettre par terre plutôt que de mettre du gaz. « Putain, qu’est-ce que je fous là ? ». Extinction des feux, gazzzz, ça me double dans tous les sens, j’ai foiré mon départ. J’essaye de raccrocher les wagons et comprendre comment tourne cette moto. Quentin Bourgeois #233, mon compatriote berrichon, s’en mets une devant moi. Pffff, je rame. Mais il y a une autre CB juste devant moi #231. Qu’est-ce que ça allonge mieux que le 390 en sortie de courbe. Je me motive pour rentrer plus fort au freinage et ça passe. J’arrive à gratter au dernier tour le #231, Pedro Crescencio, le brésilien et inventeur du IZRoadBook. Je fini 86 sur 156, et 2ème de la catégorie Rallye 3, pas si mal. Mais qui est le premier … ouaaah …  Raphaël GROLAND #232,  45eme place au Scratch du Bugatti, je ne connais pas ce gars mais il envoie du lourd avec son CB !!!

Suite du rallye, je ne suis toujours pas à l’aise dans les spéciales, j’ai l’habitude, ça fait 10 ans que ça dure. Ah tiens, il pleut … confiant dans la météo mitigée, je n’ai, bien sûr, pas pris la combi de pluie. Ils tombent des cordes et je fini détrempé avec ½ litres d’eau dans chaque bottes. . « Putain, qu’est-ce que je fous là ?» phrase qui revient souvent dans mon casque. Je suis dégouté, je ne veux plus rouler. Serge Maneuf, l’auvergnat, et mon copain de paddock, abandonne aussi. Les conditions sont vraiment pourries. Je regarde les feuilles de temps de l’étape de jour et par chance, le temps gagné au Bugatti compense mes temps en spéciale, et les pénalités sur le routier tombent pour les concurrents à cause de la météo. Je fini 2eme R3 pour l’étape du jour. « Si tu te motives, tu peux peut-être récupérer une coupette sur ce rallye, j’aime bien les coupettes ». Serge me motive et me file ses bottes pour avoir au moins les pieds au sec parce que la combi n’a pas séchée pendant la pause. Allez, coup de grosse motivation, et zou, pas facile d’enfiler cette put…. de combi humide, et les gants, mmmh trop bien. Allez, on y croit plus que 200kms à tenir. Pour les prochains rallyes j’emmène Toutes mes affaires de rechange,  même si ça sert à rien !!!. Il fait nuit, il fait froid, il pleut encore un peu, il faut tenir le coup jusqu’au dernier CH. Je croise Raphaël qui fait demi-tour à une spéciale. « Bah, qu’est ce tu fais ? » réponse « J’ai raté un CH, je t’ai vu pointé mais je n’ai pas réagi et j’ai tracé ». Il abandonne. On se retrouve à la soupe à l’oignon. On regarde les feuilles des temps. Et là, joie immense de me retrouver 1er de la catégorie, grâce malheureusement à l’abandon de Raphael et toujours autant de pénalités distribuées avec ce charmant temps sarthois. Mais c’est ça aussi le rallye !!!

Remise des coupes, le lendemain, et les pions se mettent en place pour le championnat. J’entrevois que si il n’y a pas plus de concurrent  tout le long de l’année, je peux faire une 3eme place au championnat car Raphaël sera toujours devant moi. Il roule très fort. Et d’autres concurrents sont devant moi sur les ES. Il faut que je travaille ces ES …

Etape 2 :

Le début d’une étincelle …

Rallye de l’Ain, jamais fait de ma vie et malheureusement que 5 engagés. Ah, peut-être une chance de repartir avec une coupette. Je regarde qui est là. Pedro #231, Philippe Tournier #235 (connait pas donc méfiance), Raphaël #232, et Natacha en 125. J’ai pris confiance dans la moto, il fait beau, j’ai progressé et gagné en rapidité, je me pose moins de question, je travaille les spéciales. Raphaël arrive bien tard sur le paddock. Il est sur liste d’attente et ne pourras que s’engager pour la nuit. C’est con, mais ça m’arrange, car malgré sa victoire  haut la-main sur l’étape de nuit, il ne se classe pas au scratch rallye et je fini 1er de la catégorie. Mode mauvaise foi, je remercie Raphaël et l’encourage à continuer comme ça, parce que je viens de réagir : Il ne reste plus que 3 rallyes, nous sommes que 5 à 6 concurrents à faire tout le championnat, j’ai déjà marqué beaucoup de points, et que je suis en tête du championnat. « Putain, c’est bon ça, et incroyable, moi, champion de France provisoire !!! ». Vivement la prochaine étape …

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Etape 3 :

Un nuage de fumée …

Rallye du Dourdou. J’adore l’Aveyron sauf quand il pleut mais là il va faire encore très beau et chaud. J’arrive sur le rallye en mode vacance parce que je viens pour rouler avec les copains, et pas en mode compétition  ... Raphael, Pedro, Quentin, Philippe pour la catégorie sont là, et Gilles Larue #94 sur une MT09 dont j’ai fait connaissance à l’Ain ainsi que Marc et Nicolas. J’en oublie surement d’autres. Mon objectif étant de me classer 2 ou 3 pour gagner toujours des points au championnat. Tiens, en plus il y a un nouveau joueur, un certain Matthias Courtaud, Le gamin, à peine 18 ans, que j’ai déjà vu l’année dernière en 125, sur une 500 CB pour cette fois … rhooo lui aussi, mais il me saoule avec leur twin poussif !!!  Mais je suis fort en routier et je compte bien là-dessus … Au dourdou, le rallye commence la nuit. Et Raphael aime bien jardiner la nuit, moi aussi, mais moins que lui. On en rigole, on roule ensemble, les chronos tombent. Quoi, Pedro est 2, moi 3, et Raphaël 4 (merci, je t’adore Raph !!!)  Mais c’est quoi ce bordel. Qui est premier ? Oh putain, Le gamin nous mets minable et pointe à la 30eme place du Scratch de nuit. Autant dire qu’il roule très fort, même trop fort pour nous. De jour, on admire le coup de guidon de Matthias. Et on essaye de suivre (ou pas …) sur le routier,  « Putain qu’est qu’il roule bien, fort et propre !!! ». Le rallye se termine avec encore beaucoup de pénalités pour les concurrents.

Au final, le feu s’allume,

Heureusement, le gamin n’est pas engagé au championnat. Résultat, Matthias en tête avec une 27eme place au scratch (admiration du public !!!). Raphaël a rattrapé son retard le jour, 58eme au scratch et 2eme de la catégorie. Je suis content de moi, j’ai mis du gaz, j’ai vraiment progressé, je fini 61eme au scratch et 3eme devant Pedro. Je conserve ma 1ere place provisoire et il n’y a plus que 2 rallyes. Si je termine 2eme derrière Raphaël sur les prochains, je serais champion. Ouah, je n’y pas crois pas mais quand même, c’est la grande classe. Mais il est l’heure de plier bagages pour partir en vacances avec toute ma tribu 3 semaines en Irlande. J’en suis tout aussi impatient et ne pense même plus au prochain rallye. 

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Etape 4 :

Et le feu brule !!

Jeudi, je ne suis pas bien. C’est la rentrée scolaire, la tête en Irlande, pas de préparation et beaucoup de fatigue et je calcule … trop. La pression du championnat. Si je tombe, ou abandonne, ou problème mécanique, je perds de précieux point et Raphaël peut repasser devant. J’ai un problème de frein avant, j’ai de l’huile de fourche qui va faire mumuse avec mes plaquettes. Je reste sur la réserve mais je me rends compte que j’ai bien progressé. Je bricole pour résoudre le problème de freinage. Merci encore à Serge Maneuf, l’homme aux bottes magiques, de passage sur le rallye, pour avoir fait l’assistant « plaquettes neuves ». On roule et ça va mieux, on s’éclate sur le routiers avec Raphaël et …. Le gamin nous double … ben oui, il est encore là  !!! Ma position sur le général rallye décroche de Pedro et va vers les chronos de Raphael entre 10 à 20sec d’écart. Malgré un début de rallye embrumé, je me rends compte que ce n’est pas si mal. Mathias est toujours aussi bon, voir meilleur, il rentre à la 20ème place au scratch !! Raphaël est à la 41eme place, moi à la 68eme, je n’aimais pas la spéciale d’Amboulous. Philippe est à la 86ème place. Pedro et JP Foltzer (390 Duke) abandonnent la nuit sur problème mécanique. Comme quoi, ce n’est jamais gagné. Je prends du plaisir sur la moto, poser le genou devient naturel, je prends confiance et j’ai géré les points pour le championnat. C’est cool.

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Etape 5 :

L’explosion  !!!

Rallye des Ardennes. C’est la finale. Il n’y a plus qu’à assurer. Il y a encore une petite chance pour que Raphaël prenne ma place si j’abandonne. Mais je suis serein, bien préparé et confiant. Je sais maintenant que je peux le faire. En plus, organisation royale. Pedro a loué un chalet et l’on s’y retrouve avec Raphaël. On se la pète, c’est le grand confort, douche et WC à volonté sans faire la queue !!! .  J’aime bien les spéciales, facile à retenir. Une longue mais rapide, et l’autre courte mais un vrai champ de bosse. On va bien rigoler. Je ne pose plus de question de calcul, d’arbre, de pneu, de frein. Départ du rallye, malheureusement bonne nouvelle pour moi, Raphaël se mets à terre dès la 1ere spéciale, sans gravité mais il perd 1 bonne grosse minute. Pendant ce temps, j’envoie du gaz, ça bouge de partout, la moto est géniale, elle rattrape tout. Je ne suis à pas plus de 10sec. de Raphaël sur chaque passage. Je gagne l’étape du jour, ce qui fait de moi le champion de France même si je ne finis pas la nuit.

L’explosion, la consécration et le lâchage la nuit !!! J’ouvre sans me poser de question et ça passe !! Je fais les premières montées de nuit avec quasi les mêmes chronos de jour. Le travail paye, je connais les spéciales. Je n’y suis jamais perdu. Il y a encore du progrès à faire mais c’est de très bons augures ! J’en donne jusqu’à la fin, je ne réfléchis plus, Il fait froid mais j’ai confiance au pneu, je fini par faire un travers de porc sur la derrière spéciale, rattrapé aux genoux, façon Marquez, un truc de malade !!!  Je jubile dans mon casque, cette moto est géniale, légère, agile, et permet de tester et faire des erreurs sans trop de conséquence. Je re-signe son contrat pour l’année prochaine !!!

Raphaël en remet aussi une louche la nuit pour rattraper sa chute du matin et gagner le rallye. Il a bien fait, il me coiffe aux poteaux de 2,5sec toutes spéciales cumulées. On fini 45 et 46eme du scratch. A donf jusqu’au bout !!! Quentin, JP Foltzer 55 et 56eme place et  Pedro 65eme

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Fin de saison, pendant que les motos sont au parc fermé, les pilotes vont boire quelques bières pour fêter leurs titres. Dur, dur, la vie de rallymen !!

Finalement, J’aime bien la blague de Romain. Je remercie Raphaël d’avoir autant merdé car c’est lui qui devrait être premier mais c’est ça aussi le rallye, en étant assidue et moyen bon partout on peut gagner. Je suis champion de France de quelque chose, c’est la très grande classe. Je souris intérieurement de l’avoir fait. C’était Mon Année !!!

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