Rallye des Garrigues

Rallye des Garrigues, 13 Mars 2010
1ère épreuve du Championnat de France des Rallyes Routiers


C’est avec beaucoup d’excitation et d’enthousiasme que nous abordions cette nouvelle
saison 2010 du championnat de France des rallyes routiers. Avec un peu d’ambition aussi puisque,
après avoir découvert la discipline l’année dernière, nous avions décidé de nous engager cette année
sur l’intégralité du championnat sur des motos plus adaptées aux petites routes empruntées et armés
de licences NCA nous permettant de marquer d’éventuels points au championnat.
A une semaine de la première épreuve, les motos sont quasi-prêtes, les numéros de course
sont attribués (le 85 pour Morgan, le 84 pour moi, nos années de naissance), l’organisation se
peaufine. Malheureusement, le sort s’abat sur Morgan pour mettre une fin brutale et prématurée à sa
saison avant même qu’elle ait débuté.
C’est donc seul que je m’apprête à me lancer dans ma deuxième saison de rallye avec des
ambitions finalement revues à baisse : participation au rallye de Corse annulée et prétentions de
résultats mises au placard. Le seul objectif qui reste intact consiste à prendre un maximum de plaisir à
chaque épreuve avec la satisfaction de ne pas se faire pénaliser sur les parcours de liaison et de
rouler « propre » en spéciale.
Revenons maintenant au rallye des Garrigues : je me faisais une joie de descendre dans le
Sud pour prendre une bonne dose de soleil après cet hiver glacial qui semble ne pas vouloir en finir.
Mais j’apprends à quelques jours de l’épreuve que la neige à fait son apparition sur cette région plus
habituée à la douceur de la Méditerranée. Un rallye sous la neige ? Je n’ose y penser…


Jeudi 11 Mars
Fin de journée, camion chargé, rien oublié (du moins je l’espère…), et c’est parti pour 614 km
d’autoroute pour rallier l’Hérault (34) avec escale pour la nuit à Clermont.


Vendredi 12 Mars
Suite et fin du trajet. L’autoroute est recouverte de sel tout au long du parcours, preuve des
très faibles températures qui règnent encore. Mais la douceur semble arriver au fur et à mesure que je
m’approche de la petite commune de Laverune qui accueille ce 2e rallye des Garrigues. Je suis
d’ailleurs accueilli par un grand soleil et un beau ciel bleu comme je n’en avais plus vu depuis
plusieurs mois…

Le paddock a pris place,
comme l’année dernière, sur le terrain
de foot en stabilisé du village, à coté
du gymnase pour que les pilotes aient
facilement accès aux sanitaires et aux
douches. Bien vu messieurs les
organisateurs !

 

Le temps pour moi de décharger la moto et le matériel, de commencer à m’installer, de coller
quelques autocollants sur la moto afin d’honorer comme il se doit nos partenaires et voici venue
l’heure des vérifications administratives et techniques. Collage des numéros de course, passage au
sonomètre, vérification des papiers, de la moto, de l’équipement pilote,… tout est en règle et la moto
peut donc rentrer au parc fermé où elle passera la nuit.

 

Pour ce qui me concerne et hormis le briefing, la fin de la journée consiste principalement en
des retrouvailles ou nouvelles rencontres avec les différents acteurs de la discipline, pilotes comme
commissaires et organisateurs. L’occasion aussi de rencontrer Philippe et Rémy, deux Savoyards
adhérents au Moto Club Fleur de Lys que nous ne connaissions pas encore. Quoiqu’en fait si, on se
connait : on était voisins de paddock au dernier rallye de l’Ain…
Bref profiter de cette chaleureuse ambiance familiale qu’offre le petit monde des rallyes.
« - Alors tu t’es prêt ? Tu t’es bien entraîné ?
- Tu parles ! Avec l’hiver qu’on a eu j’ai dû faire 15 bornes depuis les Volcans (le dernier rallye 2009,
en Août, ndr)… »


Après avoir partagé saucisson et barbecue, l’heure d’aller se coucher finit par sonner. Au
programme de la journée de demain : départ à 9h16 pour la boucle de reconnaissance puis départ
réel du rallye à 11h01.
En effet, ce 2e rallye des Garrigues inaugure cette année un nouveau schéma d’organisation : les
reconnaissances ayant été interdites avant l’épreuve, une boucle de reconnaissance préalable au vrai
départ du rallye est prévue afin que chaque pilote puisse découvrir et tenter d’apprivoiser le tracé des
deux spéciales de la journée.


Samedi 13 Mars
Après une nuit bien fraîche voire carrément glaciale (il semblerait que le thermomètre soit
descendu jusqu’à -2°C), un rapide petit déjeuner et un peu de gym pour enfiler la combinaison (ça sert
aussi d’échauffement…), me voilà au parc fermé à coté de ma moto qui chauffe tranquillement.
Le programme prévu pour cette journée qui s’annonce ensoleillée :
- 1 boucle de reconnaissance de 75km
- 1 étape de jour composée de 2 grandes boucles (2x127km) et 1 petite boucle (75km)
- 1 étape de nuit composée d’une grande boucle et d’une petite.
Ce qui nous fait, hors boucle de reconnaissance, un parcours de 531km et 10 spéciales
chronométrées.


Une fois partis, le parcours routier nous fait très vite quitter l’agglomération pour nous plonger
dans la campagne profonde et c’est avec joie que nous nous laissons entraîner par les petites routes
tourmentées de la région.


En arrivant à Argelliers, au départ de la première spéciale de la boucle de reconnaissance, je
trouve tous les pilotes partis devant moi qui attendent. Aucun ne s’est encore élancé et pour cause :
les commissaires sont en train de casser et gratter une plaque de verglas créée par une coulée de
neige fondue qui a gelé dans la nuit.
Une fois la spéciale sécurisée, nous pouvons nous élancer un par un. Je découvre enfin ce tracé qui,
bien que tournant beaucoup, se révèle finalement assez rapide et impose de bien connaitre chaquevirage pour ne pas perdre trop de temps. Un passage ne me suffit pas pour tout mémoriser mais me
permet tout de même de repérer certaines subtilités : un petit pont suivi d’un gauche séré, un long
enchaînement de virages assez rapides mais sans visibilité, puis un droite qui se referme…


Direction maintenant la deuxième spéciale, celle de Murles, que je connais déjà pour l’avoir
empruntée l’année dernière : celle-ci se révèle un peu moins rapide mais beaucoup plus bosselée. Je
me souviens de la grosse bosse du début et à peu près des premiers enchainements. Je redécouvre
la deuxième partie qui est plus rapide et toujours aussi bosselée, puis une arrivée de spéciale en haut
d’une côte avec une cassure à droite juste après l’arrivée (donc en aveugle !).


Retour à Laverune pour la fin de cette boucle de reconnaissance avant de repartir quelques
dizaines de minutes plus tard pour le vrai départ de l’épreuve.


Carton de pointage en poche, me voilà parti pour la grande boucle en direction du premier
contrôle horaire (CH1). 36 km à parcourir en 36 minutes soit 60 km/h de moyenne. Ce sera le rythme
à tenir tout au long la journée pour rejoindre chacun des CH du parcours. Chaque minute de retard au
pointage sera sanctionnée par 15s de pénalité alors il ne faudra rien casser et ne pas se perdre…


Premier CH atteint sans difficulté, voici venu le moment de s’élancer dans la première
spéciale chronométrée de ce rallye, la spéciale d’Argelliers, la plus rapide. Départ correct, la spéciale
se passe bien mais j’ai vraiment l’impression d’avoir été lent. Première impression confirmée : il faut
vraiment la connaitre pour ne pas perdre de temps et je ne la connais pas assez… Verdict du chrono :
1’55’’740. Le premier de la catégorie Sport est en 1’42’’705 et le scratch est encore 6 secondes plus
rapide. La messe est dite…

Peu importe, je m’en vais
maintenant découvrir la partie du
parcours la plus au Nord, partie
uniquement empruntée par la grande
boucle donc toujours inconnue pour
moi. Les vignes, la Garrigue, les
gorges de l’Hérault, parfois encore un
peu de neige dans les bas cotés de
certaines routes, le tout accompagné
d’un grand soleil. On n’est pas bien
là ?

 

Puis viens la deuxième spéciale. Avec un 2’04’’032, je m’en sors un peu mieux et je suis
maintenant à moins de 10 secondes du premier en Sport. Mais je suis encore 20 secondes derrière
Serges Nuques qui signe le scratch.
Petite satisfaction tout de même : je me suis amélioré de 0,5 secondes par rapport à l’année dernière.
On se rassure comme on peut…


Fin de la première boucle. 15 minutes d’assistance, juste le temps de faire le plein de la moto
et d’avaler 3 bouchés du sandwich préparé la veille puis il faut remonter en selle pour la deuxième
grande boucle de la journée. On apprend au départ que la 3e boucle, la petite, est annulée suite au
retard pris le matin lors des reconnaissances.
Arrivé au CH1, j’ai l’impression de revoir la même scène que ce matin : aucun pilote ne s’est
élancé dans la spéciale et même les premiers sont encore là et attendent. Que se passe-t-il cette
fois ? Un riverain récalcitrant a bravé l’arrêté préfectoral qui officialise la fermeture de la route à la
circulation. Il a décidé de garer son 4x4 en travers de la route pour empêcher les motos de passer.
L’épreuve est donc neutralisée le temps de lui faire entendre raison et ce n’est qu’une heure et demie
plus tard que nous pourrons repartir.
Le temps encore perdu dans l’histoire impose aux organisateurs de transformer cette grandeboucle en une petite boucle. L’épreuve est donc encore amputée d’une bonne partie de son parcours.
Après cette longue interruption, ce sont donc des hommes, des machines et surtout des
pneus froids qui s’élancent dans cette spéciale. Les conséquences ne tardent pas : de nombreuses
chutes sont à déplorer. On attend donc encore un peu puis c’est en toute prudence que je prends
enfin mon départ. Et bien m’en a pris puisque le tout premier virage porte tous les stigmates de chutes
à répétition : bitume raclé par les motos qui ont glissé et surtout graviers un peu partout. « Houlà !
Attention ! » Je monte cette spéciale 4 secondes moins vite que mon déjà modeste chrono de ce
matin…


Arrivé au départ de la spéciale de Murles, encore de l’attente. Un side-car devant nous a
cassé son moteur et à laissé une généreuse trace d’huile en plein milieu de la spéciale. Les
commissaires font bien entendu fait tout leur possible pour absorber au mieux et rendre la route
praticable mais ce n’est quand même pas bien rassurant…
J’abandonne l’idée de me battre contre le chrono dans ces conditions et c’est en toute
sécurité que je décide de parcourir cette spéciale, la dernière de la journée.


Une fois rentrés à Laverune, nous disposons d’1h30 d’assistance sur les motos avant de les
remettre en parc fermé en attendant le départ de l’étape de nuit.
Il est 18h, je n’ai rien de particulier à faire sur la moto à part le plein d’essence et la vérification des
feux additionnels : tout est OK, je pose la moto au parc à 18h30. Les horaires de départ pour la nuit
ne sont pas encore affichés mais on m’annonce que le premier est prévu à 20h. Je table donc sur
20h30 environ pour moi. Ca me laisse 2 heures pour me reposer un peu et surtout manger car je n’ai
pu jusque là que grignoter.


19h45. Je commence à m’intéresser sérieusement aux horaires exacts de départ. Toujours
pas d’affichage.
20h. Le premier concurrent est censé partir mais rien ne se passe.
20h05. J’apprends que l’étape de nuit est annulée, on en reste là pour aujourd’hui, le rallye est
fini.
La raison de cette brutale interruption ? Le décès de Michel Mellenotte, concurrent n°379,
suite à une vilaine chute dans la spéciale d’Argelliers. Sombre nouvelle, tout le monde est sous le
choc, le paddock est bien triste… Encore un pilote de trop à payer le lourd tribut de sa passion pour la
moto.


C’est donc le coeur lourd que chacun commence machinalement à plier, remballer, ranger,
charger, sangler. Certains reprendront la route le soir même, le terrain de foot commence déjà à se
vider. C’est donc bel et bien la fin prématurée d’un rallye très perturbé.
Mes sentiments sont finalement très partagés : satisfaction d’avoir fait un bon coup de moto
dans une très belle région bercée par le soleil. Satisfaction également d’avoir marqué mes premiers
points en Championnat de France grâce à ma 6e place finale en catégorie Sport. Mais aussi déception
d’avoir vu ce rallye trop perturbé et largement amputé malgré les efforts des organisateurs et,
évidemment, profonde tristesse de voir disparaître un membre de cette petite famille des rallyes.


La prochaine épreuve aura lieu le 03 Avril dans la Sarthe et je croise les doigts pour que tout
se passe mieux.


Je tiens maintenant à adresser un grand merci aux partenaires qui nous accompagnent dans
cette aventure par leur généreux soutien.
J’en profite également pour souhaiter un très bon et très rapide rétablissement à Morgan. Tu
nous manques.
Enfin je vous promets à tous plus de photos (et surtout plus ciblées) dans le prochain compterendu…
A très bientôt.

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